12 OCT 16 0 commentaire
Radioscopie d’un genou de rugbyman

Radioscopie d’un genou de rugbyman

Ces dernières saisons, il est devenu une personne incontournable dans le milieu du rugby français. Clermont, La Rochelle et Brive font, bien malgré eux, souvent appel à lui. Chirurgien orthopédiste et traumatologue à la clinique La Châtaigneraie de Beaumont (Puy-de-Dôme), le professeur William Van Hille est LE spécialiste en matière de ligaments croisés après avoir fait ses classes auprès du Professeur Jean-Henry Jaigert, à Strasbourg. Lequel avait soigné les genoux de Raymond Kopa jusqu’à ceux de Zinedine Zidane.

 

Après s’être récemment occupé de Benjamin Pètre et Peet Marais, le chirurgien a accepté de disséquer le fonctionnement de ces lésions.

 

La rupture d’un ligament croisé est-elle devenue la blessure type des rugbymen ? Absolument pas. Bien sûr que les contacts et le développement musculaire sont des facteurs importants, mais cette blessure est aussi et surtout omniprésente dans le football. Et les contacts sont beaucoup moins violents qu’au rugby. Les appuis sont à l’origine de la blessure.

 

C’est-à-dire ? Outre le constat de dire que le rugby évolue et qu’il va plus vite, la technique suit elle aussi. Les plaquages à deux sont, par exemple, devenus une arme précieuse en défense. En attaque, de plus en plus de joueurs s’essayent un demi-tour après contact pour réaliser un off-load. Dans ces deux situations, si le genou a le malheur d’être en porte-à-faux, ce sont les croisés assurés.

 

Est-ce la seule explication ? Nous avons observé et constaté trois explications. La première concerne donc l’évolution du jeu, mais il y a aussi ce que l’on appelle la technopathie : ces lésions qui émanent de l’évolution du matériel. Au ski, lorsque les chaussures sont devenues montantes, les blessures au niveau des membres inférieurs ont connu une importante augmentation.

Au rugby, l’utilisation de chaussures à lamelles notamment portées par les trois-quarts permet d’avoir plus d’adhérence au sol. Elles sont plus légères, plus stylées aussi, mais sur une reprise d’appui ou sur un crochet, elles restent plus facilement accrochées à la pelouse. Ce qui entraîne des lésions. De plus en plus de joueurs se blessent seuls, sans le moindre contact.

 

Quel rôle joue la musculation toujours plus importante ? On peut développer la puissance physique du joueur, mais on ne peut pas modifier ses structures d’attache, comme le sont les ligaments qui réunissent les pièces osseuses dans l’articulation. Un ligament ne peut pas être musclé. Donc plus on va forcer à la musculation, plus on risque de tirer sur ses structures qui n’évoluent jamais.

 

Avez-vous constaté une période critique pour les genoux au fil de la saison ? L’après-préparation physique estivale est toujours un moment charnière. Le corps doit pouvoir encaisser et digérer, surtout que les plages de repos sont constamment écourtées. Si vous ajoutez à cela les premiers vrais contacts de la saison sur des terrains très secs et vous obtenez un sensible pic lésionnel. Que l’on constate aussi en fin de saison, lorsque les organismes commencent à fatiguer.

 

Êtes-vous inquiets de l’évolution du rugby ? En tout cas, je ne suis pas étonné du virage qu’il a amorcé. Pour améliorer les performances, il n’y a pas de solution miracle. Le physique du joueur doit être développé. Notre rôle, à tous, est ensuite de les protéger. Et je peux vous assurer que ces derniers n’ont jamais été aussi bien encadrés par les staffs médicaux. Mais dans tous les sports, le risque zéro n’existe pas.

 

© La Montagne – 20-09-16 – Par Benjamin Pommier

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